L'état du français au Québec

Au Québec, il semble qu'on n'y parle plus français, on y parle un dialecte qui s'appelle le Joual.

La plupart des québécois pensent même qu'ils parlent mieux le français qu'en France simplement parce que les français utilisent beaucoup d'anglicismes, alors qu'ici on traduit tous les mots anglais par des mots "francisés", parfois acceptables (stationnement = parking), mais parfois ridicules, par exemple: cocktail = coquetel, freeware = gratigiciel, stop (qui est pourtant un mot français) = arrêt.
En réalité, le français au Québec est menacé, non pas par l'anglais comme le croient la majorité, mais bien par l'utilisation du joual.

Le joual est parlé partout: la publicité, les télés-romans, et même les émissions d'informations. Le pire c'est que ces gens pensent qu'ils parlent correctement le français. Ou alors dans la pub, ils font exprès de mal parler pour se rapprocher du "petit peuple". Pourtant, il y a moyen de parler un peu mieux sans que ça devienne inaccessible.

Par contre, les québécois acceptent facilement les mots ou les noms de compagnies provenant d'autres langues que l'anglais: par exemple, on utilise sans problème les mots: macho, fiesta, nachos, tacos, mais on s'obstine à traduire hot-dog par "chien chaud", hamburger par "hambourgeois", ou "party mix" par "mélange fiesta(mot espagnol)".
Les restaurants peuvent avoir des noms comme "Casa Corfu", "Ristorante Giovanni", mais par contre, "Second Cup", à cause de son nom anglophone a été victime d'attentats à la bombe en 2001 par des extrémistes du FLQ. Il y a une véritable anglophobie présente au Québec.

Influence anglophone

Paradoxalement, le Joual est à majorité composé de mots et d'expressions anglophones, simplement écrites au son en français. La plupart des québécois ne se doutent même pas qu'il s'agit de mots anglais "québécisés".

Quelques exemples de mots et expressions:

Joual
Inspiré de l'anglais
Français correct
pinottepeanutarachide, cacahuète
planche de venirveneercontreplaqué
moppemopvadrouille, serpillière
binnesbeansfèves, haricots
une couple de...a couple of...quelques
à cause de...because parce que
moi itoume toomoi aussi
comment ça file?how do you feel ?comment ça va?
tounetunechanson, ou "tube"
brouebrewbière
passer une trimmetrimpasser à tabac
pinageto pin downgronder sévèrement
prendre une chiresheerprendre le décor
bécossebackhousetoilette extérieure
garde-robewardrobeplacard
garnottegarnetgrenat
ballounneballoonballon
triptripvoyage
bâdrerbotherdéranger
bockerbuckbouder
bummerto bumquêter
être raquéto be racked with painêtre courbaturé
mofferto muffmanquer
scalpeurscalperrevendeur
bobettebobcaleçon
crinquécrankypompé, énervé
gamiquegimmicktruc de marketing
crosser *to cross someonetromper,frauder
bicyclebicyclebicyclette, vélo
gazgasessence, pétrole
soute, suitsuithabit
Faire la babounebaboon (?)faire la moue, bouder
banquebanktirelire
Bargainer, barguinerto bargainmarchander
Bloc appartementapartment blockimmeuble d'habitation
BrassièresbrassierSoutien-gorge
cannecanBoîte de conserve, cannette.
cancellerto cancelannuler
cédulescheduleemploi du temps, horaire
mallemailcourrier, poste
mitainesmittensmouffles
ChiffreShiftquart de travail
lousseloosedisponible, détendu
twittwit (british slang)imbécile
patentepatent (brevet d'invention)invention, ou gadget
Bosté, Boster
Boster une ballounne, Boster un budget
Bust, burstéclaté, défoncé, dépassé
Dans la tique
(moins utilisé de nos jours)
In the AtticDans le grenier
BobépineBobby pinÉpingle à cheveux
* Crosser signifie tromper, frauder, mais est aussi utilisé dans le sens de "branlette", mais ça ne vient pas de l'anglais, mais plutôt probablement du bâton de crosse, sport ancêtre du Hockey, qui peut rappeler un phalus.

Quelques fois le mot existe réellement en français, mais pas dans le sens utilisé.

Joual
Anglais
Français correct
ventessalessoldes;
"Vente" signifie l'échange d'un objet contre un prix convenu, et non pas à prix réduit.
cassébrokefauché
ustensilesustensilsles couverts (cuillères, fourchettes et couteaux)
En français, ustensile signifie un objet employé pour les tâches ménagères ou pour la préparation des aliments (toque, passoire, louche, hachoir) ou autres tâches (ustensiles de jardinage)
bainbathbaignoire;
On prend un bain dans une baignoire, et non pas dans un bain
bosserto boss aroundDonner des ordres de manière abusive. En France bosser signifie travailler
charcarvoiture;
En français, un char et un petit véhicule à deux roues, tiré par des chevaux, ou alors un char d'assault.
PamphletPamphletbrochure, ou dépliant.
En francais, un pamphlet c'est un écrit satyrique
du changechangemonnaie;
Exemple "keep the change", devenu "gardez le change" mais qui devrait être "gardez la monnaie"
un commerciala commercialpublicité;
En français, un commercial est une personne dont le métier est lié à la vente.
bordsidecoté,
Exemple "un DVD gravé des deux bords", on devrait dire "des deux cotés"
batteriebatterypile électrique;
Le mot batterie en français décrit un soit un instrument de musique à percussion, ou un ensemble de piles électriques, ou de l'artillerie
se pratiquerto practices'excercer;
On pratique un sport, on ne "se" pratique pas
une pratiquea practiceun entrainement, une répétition
faire application pour une jobjob applicationfaire une demande d'emploi
appliquer sur un posteto applypostuler
être dans le troublebe in troubleavoir des problèmes ou complications.
supposésupposed toCensé;
"Supposer" signifie poser par hypothèse une chose comme établie, comme admise. Alors que dans le sens utilisé souvent au Québec, ça signifierais: devoir, censer, comme dans "tu étais supposé venir me voir"
graduergraduatediplômer;
En français, graduer signifie marquer des degrés de division, augmenter par degrés.

Quelquesfois, c'est une traduction mot pour mot d'une expression anglaise, qui n'est pas correcte en français (anglicisme locutionnel)

Joual
Anglais
Français correct
prendre une chancetake a chanceprendre un risque
Centre d'achatShopping centerCentre commercial
prendre des vacancestake a vacationaller en vacances
chu clairI'm clearje suis tiré d'affaire
fouille-moisearch meje ne sais pas
tomber en amourfall in lovetomber amoureux
câller maladecall in sickSe déclarer malade, prendre un congé de maladie
jeter la serviettedrop the towelabandonner
Bienvenue (en réponse à merci)you are welcomede rien, Il n'y a pas de quoi
prendre le planchertake the floors'imposer
Avoir le tourgot the twistsavoir s'y prendre
dans les limites deto operate withinà l’intérieur de
avec pour résultat quewith the result thatde sorte que
les argentsthe moneysles crédits, les fonds, les capitaux
prendre pour acquistake for grantedtenir pour acquis
travailler pour, à ...work for... occuper un emploi à ...
EnfirouaperVient de "in fur wrap"
Dans le temps des colonies, les trappeurs vendaient des ballots de fourrures, actuellement remplis de cartons au milieu.
frauder, faire croire


"Tu m'aimes-tu"

Autre aberration, la surutilisation du "TU". Dans le joual, le "tu" remplace le "?". C'est une des pires et plus répandue des horreurs du joual. La seule utilisation correcte serait "tu m'aimes?" qui peut devenir "m'aimes-tu?". Non pas comme les exemples suivants:


En plus, l'intonation indiquant une interrogation est la plupart du temps inexistante.
"On y va-tu." au lieu de "On y va?"


"Ça l'a pas d'allure"

Une autre stupidité, qui elle vient de la ville, et qui tranquillement fait son chemin vers les régions "grâce" aux médias. Normalement, le "l'" est utilisé dans le sens "ça lui a aidé", qui devient "ça l'a aidé". Non pas comme les exemples suivants, ou le "l'" devrait simplement disparaître:


Conjuguer avoir et être

On ne sait pas non plus conjuguer les verbes "avoir" et "être" au Québec:


Masculin ou féminin ?

Comme souligné dans le film "Camping Sauvage", on ne sait plus le genre des objets non plus (spécialement les mots qui commencent par une voyelle):


Contraction des mots

Quelques autres exemples de joual, qui eux ne sont pas d'inspiration anglophone, mais simplement par mauvaise prononciation et contraction des mots ou expressions:


Tous les jours, il y a une nouvelle publicité ou une émission ou le français y est massacré. En voici juste quelques extraits que je me souviens avoir entendu récemment dans des publicités télé:

"Tu peux-tu m'ajouter un marchepied juste ici ?" (Ford)
"Fait-tu chaud? Fait-tu froid?" (Tide)
"Grand-papa, on va-tu voir si les pommes sont prêtes?" (Mueslix)
"T'en veux-tu une froide?" (Coors Light) (pourtant c'est bien écrit "T'en veux une froide?" mais le narrateur ajoute le "tu")
"Ch'peux-tu avoir un peu de lousse? (Hyundai)
"Toute ça, s'tu ben vrai!" (Tim Horton)


Le Joual comprend aussi d'autres mots et expressions colorées, mais ceux-là sont typiques et donnent une certaine couleur au français parlé au Québec, alors celles-là, je n'ai rien contre. Je ne parle pas des éternels jurons sortis de l'église, qui sont surutilisés, et à toutes les sauces: nom, verbe, adverbe, etc, mais bien de mots typiques, comme "frette", "bibitte", "guidoune", ou "maringouin".
Aussi, beaucoup d'expressions au Québec ont une saveur "maritime", comme on "embarque" et on "débarque" de voiture, on "monte" ou "descend" vers un endroit, dépendant du sens de la rivière ou du fleuve.

Par contre, certains mots comme "boucane" ont une origine beaucoup plus complexe. Ce dernier n'est pas typique du Québec:
Pour un canadien-français, boucane signifie fumée et il en est de même dans d'autres communautés francophones, comme l'Île de la réunion. L'origine du mot viendrait des indiens Tupi, dans les Caraïbes. Il désignait la viande fumée sur un grill en bois: "Bokaem" devenu "boucan" en français. Par extension, le terme s'est ensuite appliqué à la fumée.
Le terme "boucanier" désignait Saint-Domingue, qui volait des boeufs pour en "boucaner" la viande. Ce terme s'est ensuite appliqué à un certain pirate qui pourchassait les navires espagnols dans les mers des Caraïbes. Les anglais ont emprunté ce terme pour désigner les pirates qui est devenu "Buccaneer".

Donc si vous répondez au téléphone et qu'on vous dit :
"Ta mé tu là? (Ta mère est-elle là?)"
ou
"chu-tu a pital? j'm'ai faitte mal pis j'ai besoin d'un ambulance icitte tu suite"

demandez-vous si c'est encore en français que l'on parle au Québec.... C'est pas parce que nos ancêtres étaient illettrés et peu éduqués qu'on est obligés de les "honorer" en parlant un français pourri. Je suis sûr qu'ils espéraient mieux pour nous.



Les cousins

Suite à quelques commentaires, comme quoi je laissais croire que les cousins français auraient un français impeccable, je précise donc que quoique la qualité de la langue y est de loin meilleure qu'au Québec, elle n'est pas sans problèmes. Ce que la majorité des gens au Québec reprochent aux français et à la majorité de la francophonie hors québec, c'est l'utilisation d'anglicismes. Il y en a effectivement beaucoup, et sans nécessairement faire comme au Québec et inventer des mots souvent ridicules pour "contrer" chaque mot anglais, il serait intéressant qu'ils pensent à utiliser les mots français quand ils existent déjà.

Un simple exemple, au Québec, on a inventé le mot "stationnement" au lieu de "parking". Bel effort, mais les français se "garent dans un parking", alors que les québécois se "parquent dans un stationnement". Y a-t-il vraiment évolution?

Le seul autre "reproche" que je peux faire, c'est au niveau de la phonétique. Certains mots qui devraient avoir une prononciation différente, n'en ont plus en France (ça varie avec les régions). Par exemple: "un brin d'herbe brun", brin et brun se prononcent exactement pareil, soit: "bran".
Le "é" et le "è" n'ont presque plus de différence non plus. Par exemple: "J'ai demandé un verre de lait frais" se prononcerais à Paris: "J'é demandé un verre de lé fré", alors que selon la phonétique de la langue française, ça devrait se prononcer: "J'é demandé un verre de lè frè".
Il en va de même pour le "on" et le "en", qui se prononcent presque pareil en France. Exemple: "vont" et "vent".
Remarquez qu'au Québec aussi il y en a. Par exemple, il n'y a pas de différence de prononciation entre "or" et "art", ou "bar" et "bord".


Je ne fais que rapporter ce que j'ai entendu en discutant avec des français. Ça reste quand même mineur comparé au massacre qui se produit au Québec, mais enfin, il y a place à amélioration partout.

Christian Rioux

Note: Ce document est continuellement mis-à-jour dès que je trouve des choses à y ajouter.

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